Chandra Shekhar Ghosh est un homme pressé depuis qu’il a décroché au nez et à la barbe des grands noms de la finance indienne une licence bancaire pour sa société de micro-crédit.

Le fondateur de Bandhan Financial Services dispose de 18 mois pour transformer sa société de micro-finance en banque ouverte aux millions de «pauvres dépourvus de banques», selon les termes de sa licence.

«Pour une société de microfinance, obtenir une licence bancaire est comme atteindre le Saint-Graal», déclare Gosh à l’AFP.

la banque centrale indienne (RBI) a crée la surprise le mois dernier en octroyant ses première licences bancaires depuis dix ans à un spécialiste du micro-crédit basé à Kolkata (ex Calcutta), écartant des poids lourds de l’économie indienne comme le milliardaire Anil Ambani.

La seconde licence a été accordée au plus important groupe de financement d’infrastructures IDFC.

Le gouverneur de la RBI, Raghuram Rajan, a pris cette décision pour développer l’accès à l’épargne et à l’emprunt dans les zones rurales pauvres, en particulier auprès d’agriculteurs et de PME.

Seulement 35% des adultes en Inde disposent d’un compte bancaire, un taux jugé «pathétique» par la RBI.

Ghosh entend ouvrir quelque 700 agences dans 22 Etats et vise au moins 10 millions d’ouvertures de comptes dans un premier temps.

Selon les conditions de la licence, une agence sur quatre devra être située dans des villes de moins de 10.000 habitants. Mais Ghosh entend aller plus loin et installer 80% de ses agences en zone rurale même si des agences seront aussi implantées dans des grandes villes pour renforcer la notoriété de sa société.

– Débuts modestes –

A 53 ans, Ghosh a multiplié les expériences depuis son premier emploi aux côtés de son père dans un magasin de confiseries. Il obtient un diplôme de statistiques puis travaille pour plusieurs ONG où il découvre les pratiques usurières dont sont victimes les pauvres.

Il décide alors de créer en 2001 une petite société de prêt avec 200.000 roupies (2.400 euros) et deux employés.

Il commence par emprunter de l’argent à des amis pour le prêter à ses clients mais change de dimension quand un organisme public, la Small Industries Development Bank of India, investit dans sa société.

Bandhan prend son essor et devient le premier groupe indien de microcrédit, d’abord centré sur le nord-est du pays avant de se développer dans tout le pays.

«Je ne suis pas un économiste ni un banquier. J’apprends de mes clients», assure-t-il.

Ghosh a recruté parmi les pauvres pour gérer ses agences, estimant qu’eux seuls «comprenaient la pauvreté» et pouvaient identifier les gens vraiment dans le besoin.

Avec une licence bancaire, une partie de son personnel va devoir se former à des produits plus sophistiqués. Seulement 3/5 de son personnel a le niveau bac.

«Avoir un diplôme n’a jamais été le plus important pour travailler chez nous», dit Ghosh.

– Retour en grâce de la microfinance –

Devenir une banque va lui permettre de prêter de meilleurs taux. En tant qu’acteur de la micro-finance, Bandhan devait emprunter à d’autres organisations financières, ce qui l’obligeait à afficher des taux allant jusqu’à 22%.

Bandhan pourra désormais compter sur ses propres ressources grâce aux dépôts de ses clients. «C’est un cercle vertueux, nous pourrons prêter à des taux plus bas», ajoute-t-il.

Ghosh va s’appuyer sur ses 5,2 millions d’emprunteurs pour constituer sa base de clients. Il a un portefeuille de prêts de 57 milliards de roupies et 12.961 employés dans plus de 2.100 agences.

«Si deux membres de chaque famille de notre portefeuille de clients ouvrent un compte, nous atteindrons automatiquement 10 millions de comptes», relève-t-il.

L’octroi d’une licence à Bandhan signifie aussi le retour en grâce de la microfinance en Inde deux ans après que les pratiques présumées d’un autre groupe de microcrédit, SKS pour recouvrer ses fonds eurent conduit des agriculteurs au suicide et mis en danger le secteur.

AFP