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Lafarge conseille des instituts de microfinance

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Le groupe français, numéro un mondial des matériaux de construction, va aider des banques africaines à proposer des crédits logement pour les populations défavorisées.
Programme de Micro finance Logement en faveur du logement abordable à Abeokuta en partenariat avec l’Agence Française de Développement (AFD)

Pour ses dirigeants, il ne s’agit pas de philanthropie mais d’adaptation aux besoins locaux, en apportant des réponses économiques.

Lafarge multiplie les initiatives en matière de microfinance. Depuis mardi 8 et jusqu’à mercredi 9 juillet, le cimentier français organise à Nairobi, la capitale du Kenya, une université pour la microfinance en matière de logement, la « Housing microfinance academy ». Cette manifestation, la première du genre, est mise en place en partenariat avec la société financière internationale (IFC), qui est l’une des structures d’investissement de la Banque mondiale.

« L’objectif est de former des banques et des instituts de microfinance à la mise en place de programmes de logements abordables », explique François Perrot, responsable du projet chez Lafarge. Au total, une quinzaine de banques de huit pays africains (Kenya, Malawi, Zimbabwe, Zambie, Tanzanie, Cameroun, Rwanda et Nigeria) participent à la session.

Les solutions apportées en matière de logements restent très embryonnaires en Afrique. Ainsi au Nigeria, le pays le plus peuplé du continent (170 millions d’habitants), le montant total des encours de crédit logement ne représente que 0,5 % du PIB, contre… 80 % aux États-Unis, à l’autre bout de l’échelle.

TROUVER UN TOIT À 2 MILLIONS DE PERSONNES
Les besoins sont immenses, particulièrement en Afrique, où la croissance démographique est forte. Selon les experts, la planète comptera en moyenne 50 millions d’habitants supplémentaires tous les ans, principalement dans les villes. Déjà aujourd’hui, un milliard de personnes vit dans des bidonvilles et 2 milliards n’ont pas accès à l’électricité.

« Il faut apporter des réponses sur-mesure, qui soient adaptées aux besoins des populations locales. Mais à partir de notre expérience sur le terrain, nous pouvons proposer de véritables catalogues de maisons, à différents coûts et mettant en œuvre différentes techniques de construction », souligne François Perrot.

Lafarge a lancé en 2012 un « programme de logements abordables », visant à fournir un toit décent à 2 millions de personnes d’ici à 2020. Le numéro un mondial des matériaux de construction a également signé, en octobre 2013, un partenariat avec l’Agence française de développement (AFD) sur un projet au Nigeria.

DES PRÊTS DE 500 À 1 500 €
La banque a apporté 5 millions d’euros à Lapo, la première banque de microfinance du pays, avec 900 000 clients, et a mis en place un crédit logement adapté à la capacité financière des ménages. Le montant moyen des prêts, qui sont d’une durée de 2 ou 3 ans, varie de 500 à 1 500 €. Les experts de Lafarge encadrent, quant à eux, l’ensemble du processus technique.

Pour les dirigeants du groupe, il ne s’agit pas d’actions de philanthropie, mais bien de s’adapter aux besoins locaux, en apportant des réponses économiques.

« Des projets de microcrédit ont déjà atteint leur seuil de rentabilité en Indonésie, en Serbie, aux Philippines, en Zambie et au Nigeria », affirme le responsable du programme chez Lafarge. Aux Philippines, par exemple, des banques et des distributeurs proposent des microcrédits couplés à des matériaux de construction. Déjà, plus d’un millier de conseillers ont déjà été formés dans 200 points de vente.

Pour conquérir ces nouveaux marchés, place là encore à l’innovation. Chez Lafarge, les solutions foisonnent. Dans un bidonville de Mumbai, en Inde, le groupe vend du béton à prise retardée, dans des sacs de 15 kg, ce qui permet d’être transporté dans les tricycles qui se faufilent dans les ruelles, ce qu’une bétonnière ne peut pas faire. Cela permet de construire des maisons offrant une bonne étanchéité à la mousson. À Rocinha, la plus grande favela du Brésil, située au sud de Rio de Janeiro, les équipes de Lafarge forment de la main-d’œuvre pour améliorer les logements.

UN NOUVEAU LIANT POUR LUTTER CONTRE LA DÉFORESTATION
Au Malawi, où la construction de maisons en briques nécessite beaucoup de bois pour la cuisson de l’argile, le groupe a mis au point un nouveau liant, Durabric. Mélanger à de la terre pour fabriquer des blocs, il n’a pas besoin d’être cuit… ce qui devrait limiter la déforestation. Comparé à un ciment traditionnel, il permet aussi de réaliser 25 % d’économie par mètre carré, précise le groupe, en soulignant que le Durabric est en cours de déploiement dans huit autres pays.

Pour les grands cimentiers mondiaux, il faut aller vite. Si le marché de la construction patine dans les pays matures, il explose dans les pays émergents, où Lafarge réalise déjà plus de la moitié de son chiffre d’affaires. Mais les acteurs locaux, comme le mexicain Cemex ou le chinois Anhui deviennent, en cassant les prix, des rivaux de plus en plus menaçants.

D’où cette une course à la taille, dans un secteur, très capitalistique, où il faut produire sur les lieux de consommation, compte tenu des coûts de transport des matériaux vendus. C’est l’une des raisons du rapprochement entre Lafarge et le suisse Holcim, annoncé le 7 avril, qui va donner naissance à un nouveau numéro un mondial. Les deux groupes ont ainsi annoncé, lundi, une première phase de cession de 3,5 milliards d’euros d’actifs, nécessaire pour obtenir le feu vert des autorités de la concurrence à leur fusion.

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Lafarge et le développement durable

L’ambition de Lafarge de faciliter l’accès à un « logement abordable et durable » pour 2 millions de personnes fait partie de 24 nouveaux objectifs définis en juin 2012 en matière de développement durable.

Parmi ces objectifs figurent aussi la volonté du groupe de réduire de 33 % ses émissions de CO2 par tonne de ciment par rapport à 1990 et d’utiliser 50 % de combustibles non fossiles dans ses cimenteries, dont 30 % de biomasse) en 2020. À cela s’ajoute le fait qu’il veut que 20 % de ses bétons contiennent des matériaux réutilisés ou recyclés.

Jean-Claude Bourbon

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